L’artisanat et les labels : petit état des lieux.

août 04, 2017

L’artisanat et les labels : petit état des lieux.

Vous nous l’aviez demandé dans les réseaux sociaux, il était donc grand temps que l’on s’y attarde ! Parlons donc ici des labels de l’artisanat japonais ! De la même manière que la France compte ses AOP et AOC, le gouvernement japonais a lui aussi mis au point quelques repères pour authentifier la provenance de ses produits artisanaux. Voici donc un petit aperçu de ce qui existe déjà. Comme vous le verrez, la plupart de ces initiatives de protection viennent soit d’organismes gouvernementaux, soit des collectivités d’artisans eux-mêmes. Vous retrouverez les liens vers ces labels aussi bien dans le texte que listés tout en bas de cet article. Des ajouts se feront au fur et à mesure.

DENSAN : un label d’exception
reconnu à l’international.

Le plus important d’entre tous est de loin le label DENSAN !
Issue de la contraction entre les kanjis des mots « tradition » (Dento/伝統) et « production » (Seisan/生産), ce label sert à la fois de critère d’excellence et d’authenticité. Il fut inventé par l’Association de Promotion de l’Industrie ArtisanaleTraditionnelle (Dentôteki Kôgeihin Sangyô Shinkô Kyôkai/伝統的工芸品産業振興協会), qui est une fondation à utilité publique avec une personnalité juridique (Ippan Zaidan Hôjin/一般財団法人). Cette fondation est en relation avec le Ministère de l’économie japonaise. Ils possèdent un site officiel en plusieurs langues, dont vous trouverez le lien en bas de cet article.
Cependant, comme leurs pages web sont traduites automatiquement et que je voudrais vous éviter d’avoir les yeux qui saignent, je me permets de vous faire une brève présentation de ce label.
Le label Densan remonte à l’année 1975 (puis a été révisée en partie en 1992 et 2001), et a pour but de préserver l’industrie artisanale de chaque région, que ce soit au niveau des techniques, des matériaux, que des produits en eux-mêmes. En plus de ce label, la fondation propose des aides financières aux artisans, cherche à préserver et garantir l’accès à leur matière première, soutient la formation des apprentis, aide à la restauration d’atelier et offre un programme d’assistance sociale aux artisans très âgés.
Pour être éligible à ces aides, il faut cependant passer avec succès un examen pour obtenir le titre de « Artisan Traditionnel » (Dentô Kogeishi/伝統工芸士). Quelles sont donc les conditions pour obtenir un tel titre?
Tout d’abord, il faut passer un examen qui se fait en deux phases : un test de connaissance et un test pratique. Le test de connaissance couvre notamment la culture générale dans le domaine de l’artisanat traditionnel, les techniques, les matériaux, l’histoire, etc… Pour ce qui est du test pratique, on va d’une part examiner tout le processus de fabrication, puis faire fabriquer un objet à partir d’un matériau donné. Donc chaque année, dans l’ordre, si un artisan souhaite obtenir le label Densan, il devra faire une demande d’inscription dans les alentours de Juin, puis passer le test de pratique entre début Septembre à Novembre. Le test de connaissance se fait dans les alentours de début Octobre. Ce ne sera qu’à partir de Décembre qu’il recevra les résultats de l’examen qui attestera de si, oui ou non, il sera éligible pour le titre d’Artisan Traditionnel. Autant dire que seuls les meilleurs passent ce genre d’examen.
Mais il y a également l’aspect financier qui entre en compte. Ne serait-ce que pour passer l’examen, il faudra payer dans les 7,000 yens. Puis, dans le cas où le postulant soit admis, il devra payer 10,000 yens pour se faire inscrire. Tandis que pour faire partie de l’association en elle-même, il faudra payer un frais d’inscription annuel de 30,000 yens en tant qu’individu. 50,000 yens pour les collectivités (villages, municipalités, groupes, etc…). Ce n’est pas forcément une somme astronomique. Mais je me permets de souligner ici que tous les artisans japonais n’ont pas forcément les moyens, ni le temps à investir pour obtenir le titre.

Pour ce qui est du label en lui-même, ce n’est non pas l’artisan mais le produit qui est soumis à examen. Ce sont les collectivités d’artisans qui décident de si tel ou tel produit est digne de porter le label ou non. Les critères varient cependant selon chaque région. Ce qui veut dire par exemple que les critères qu’auront les tisserands du Hakata-ori, dans la préfecture de Fukuoka, ne seront pas forcément les mêmes que ceux des vanniers de bambou de la préfecture d’Oita.
Alors attention, je ne cherche pas à critiquer le label DENSAN ! On a affaire-là à une initiative qui a pu soutenir de nombreux artisans, leur donner des opportunités d’exposer à l’étranger, etc… S’il y a des produits que vous pouvez acheter les yeux fermés : c’est bel et bien ceux estampillés du label DENSAN ! En revanche, ce serait une erreur de penser que ceux n’ayant pas pu bénéficier d’une telle distinction ne soient pas dignes de confiance ! Justement parce qu’il s’agit d’une mise en examen coûteuse et stricte, DENSAN ne peut pas soutenir tous les artisans du Japon. On pourrait presque voir cela comme une forme de sélection naturelle où seuls ceux qui excellent dans leur art parviendront à le perpétuer.
artisanat japonais label beppu takezaikuMais y parviendront-ils réellement ? Si DENSAN est sans nul doute un des meilleurs critères en termes d’authenticité et d’excellence, cela ne veut pas dire que les clients se bousculent au portillon ! Heureusement, il existe à Paris un espace DENSAN dédié à ces objets artisanaux hors du commun, au sein de la maison WA. Vous pourrez vous y aller pour faire plaisir à vos yeux. Mais pour ce qui est de faire connaître l’artisanat japonais, il y a encore beaucoup de choses à faire… D’autant plus que les artisans eux-mêmes n’utilisent ce label que pour leurs œuvres les plus onéreuses.
Pour vous donner un exemple, certains de nos artisans-partenaires sont justement labellisés DENSAN : Yoshimasa Matsuo, Takekobo Once, Yamamura Takeshi.

Trésor National Vivant : un titre plus qu’un label

Il existe une autre distinction, mais qui est plus à proprement parler un titre plutôt qu’un label : le Trésor National Vivant. Sans doute la distinction étant de loin la plus connue en France, car il existe déjà des articles, aussi bien dans les journaux que sur le net, qui parle de ces artisans d’exception. Mais là justement, on parle réellement d’un titre qui fait de vous LE maître dans le domaine. Alors que le label DENSAN est provient d’une initiative du Ministère de l’économie, le titre de Trésor National Vivant est issue d’une initiative de la part du Ministère de l’éducation. Il est décerné à tous les artisans ou collectivité d’artisans s’étant distingués comme les maîtres et les pionniers dans leur domaine. Ces artisans sont considérés comme un bien immatériel culturel du Japon et ont donc la lourde responsabilité de faire survivre leur art. Afin de les aider dans leur tâche, le gouvernement leur verse une subvention de 2 millions de yens par an (calmez-vous, il faut déjà enlever deux zéros pour avoir à peu près l’équivalent en euros). Pour les collectivités, cela se limite à couvrir les frais pour leurs expositions et initiatives.
On a ainsi trois sous catégories : la certification individuelle, collective (pour les groupes en travail commun de 2 ou plus) puis la certification des groupes de préservation (on parle ici de communauté entière d’artisans). Pour vous donner un exemple, les tisserands de Kurume sont justement désignés par le gouvernement en tant que groupe de préservation.
Si les Trésors Nationaux Vivants sont rigoureusement listés dans un registre, il n’y a malheureusement pas de marque distinctive sur leurs produits. Donc à moins de lire le Japonais et de faire des recherches, il est difficile de se rendre compte.
On peut tout de même trouver une liste en Français sur Wikipédia dont la source est tout à fait fiable.

Autres petits labels : fiables mais trop peu connus.

Pour ce qui est des labels à plus petites échelles, on peut aussi trouver des marques déposées strictement limités à un artisanat en particulier. C’est par exemple le cas pour des communautés d’artisans tels que les tisserands de Kurume-kasuri et de Hakata-ori. Presque chaque village ou communauté d’artisans ont créé leur propre label afin de se prémunir des imitations. Ce sont malheureusement des labels peu, voire pas du tout connus à l’international. Il faut dire qu’il y a un terrible manque de lisibilité pour les étrangers… Alors que le label DENSAN a son propre logo, est visuellement très identifiable, ces autres labels sont simplement écrits en Japonais.
Dans le cas de certains artisans d’exceptions, comme Yamamura Takeshi, ses tissus ont plusieurs labels et étiquetages comme vous pouvez le voir dans la photo ci-dessous : à gauche, le label de la communauté de Kurume, au milieu en tout petit le label DENSAN, et enfin à droite sa signature en tant que membre de la Japan Kôgei Association. Cette dernière est un autre organisme de soutien aux artisans qui se focalisent sur les Trésors Nationaux Vivants et organise des expositions dans tout le pays pour les faire connaître. Il ne me semble pas qu’ils aient déjà organisé d’expositions à l’étranger…
artisanat japonais certification
Alors à voir ses tissus aussi décorés que le poitrail d’un officier militaire, on s’imaginerait que Yamamura-san peut continuer son activité en toute tranquillité ? Et pourtant… En posant la question directement à l’intéressé, nous avons appris que si les aides financières du gouvernement l’aide en effet beaucoup, ce n’est pas pour autant que le futur de son savoir-faire est assuré. Tout simplement parce qu’il ne vend pas forcément plus qu’avant.
Une activité qui reste en vie sous perfusion n’est pas une activité en bonne santé ! Si on s’intéresse par exemple au cas de Shibata-san, artisane émérite de Magemono, c’est sa couverture médiatique par des chaînes nationales qui lui ont permis d’observer une augmentation drastique des commandes ! Mais selon elle, ce pic de vente n’est qu’un feu de paille qui s’éteindra sans doute dès l’année prochaine.

Les Global Antenna Shop, une initiative prometteuse !

Récemment, la préfecture de Gifu a lancé l’initiative d’un dispositif appelé GAS (Global Antenna Shop). Cela consisterait à créer des partenariats entre des magasins de par le monde et les artisans de Gifu, afin de pouvoir exposer directement dans ces pays concernés les produits locaux. On en compte actuellement 7 dans le monde entier dont 2 qui se trouvent à Paris. Nous n’avons malheureusement aucun détail sur ces magasins en question pour l’instant. Il est en effet encore possible de postuler pour devenir un de ces GAS, pour peu que l’on remplisse toutes les conditions spécifiée par la préfecture de Gifu. Sans doute qu’il est encore trop tôt pour savoir quels magasins ont été sélectionnés ? Nous mettrons à jour cet article quand nous aurons plus d’informations là-dessus !

Quelle est la position d’AKANE ZEN sur ces labels ?

Avec la profusion de contrefaçons venant de Chine et d’autres pays, la nécessité de ces labels reste tout simplement indiscutable ! Le fait que le gouvernement offre un soutien financier à ses meilleurs artisans est aussi quelque chose de tout à fait remarquable ! Mais un label n’est pas une solution en soi. Quand bien même DENSAN soit une référence tout à fait fiable pour prouver l’authenticité d’un produit artisanal, cet organisme gouvernemental reste empêtré dans un tourbillon administratif kafkaïen qui l’empêche de prendre des initiatives en termes de promotions. C’est avant tout la communication et l’exposition médiatique qui permettra à ces artisans de se faire connaître. Or, on voit que les labels ne sont pas pensés pour être reconnaissables et médiatisés à l’étranger. Il y a là, à mon humble avis, une lacune que l’on se doit de combler. Et c’est là en partie la mission d’AKANE ZEN !
Nous comptons lister ici autant que possible tous les labels existants liés à nos produits afin que vous puissiez vérifier par vous-même ! Cet article sera donc sujet à des mises à jour dans le futur !
Liste des Trésors Nationaux Vivants :
Label du Hakata-Ori :  
Label du Kurume-gasuri :
Label DENSAN :



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