Introduction au Mingei : entre artisanat et éthique

août 31, 2018

objet mingei

Après la révolution Meiji, le Japon se lança dans une campagne de modernisation à grande échelle. Avec une industrialisation effrénée, les artisans se retrouvèrent très vite dépassés par le nouveau système économique et industrielle qui venait de s'installer. Ce fut une période très ambigu, synonyme de liberté pour certains, de perte d'identité pour d'autres. Si la production à échelle industrielle avait permis aux Japonais les plus démunis d'avoir accès à de nombreux produits, et de faire décoller l'économie japonaise, ce n'était pas sans un certains prix. Ce prix, ce fut Yanagi Sôetsu (aussi appelé Yanagi Muneyoshi), critique littéraire et critique d'art, qui le pointa du doigt.
Avec l'abandon de la production artisanale, c'était tout un pan du patrimoine culturel que l'on effaçait du même coup. Les objets usuels, les ustensiles du quotidien et l'identité régionale dont ils étaient vecteurs étaient à ses yeux sacrifiés au nom de la standardisation, de l'efficacité froide de la machine. 
En réponse à cela, Yanagi Sôetsu fonda avec plusieurs céramistes et illustres artisans le mouvement artistique Mingei (contraction des deux mots Minshû (民衆) et Geijutsu (芸術), soit "Populaires" et "Arts").
Il entreprit donc de rédiger un grand nombre d'articles et d'essais concernant les "Arts Populaires", afin de la définir et de l'illustrer de nombreux exemples sélectionnés à travers tout le pays (et même au-delà en Corée). 
La théorie de Yanagi Sôetsu est relativement complexe, car il mêle l'esthétique à l'éthique et reçu des inspirations diverses venus de l'étranger (comme le mouvement Arts and Crafts). Mais je vais essayer de vous présenter simplement ce qui définit, selon lui, un objet "Mingei" et ses vertus.
Qu'est-ce qu'un objet Mingei ? Ces objets artisanaux possèdent les 3 caractéristiques suivantes :

Humilité

Mingei Shibata Tamaki

Aux yeux de Yanagi Sôetsu, le fait d'associer un nom à un objet artisanal, de la même façon dont on signerai une œuvre-d'art, n'est qu'une preuve de l'orgueil de l'auteur. Si la main humaine est nécessaire à la fabrication d'un bel objet, mettre sur un piédestal l'artisan revient selon lui à remplacer la valeur de l'objet à celui de l'auteur.
A son époque, et encore maintenant, la renommée d'un artisan influence énormément le prix d'un objet artisanal. De la même manière qu'un tableau qui s'avérerait être de Picasso, un bol à thé qui fut fabriqué par un céramiste de renom verra son prix devenir astronomique. Et c'était cela que critiquait Yanagi Sôetsu. Si on devait transcrire ce discours sur notre propre époque, sans doute pourrions nous voir là une critique de la suprématie de la marque sur le fabricant. 

Honnêteté

céramique japonaise mingei

Selon Yanagi Sôetsu, un objet est avant tout un objet conçu de manière honnête. C'est à dire conçu sans le moindre calcul visant à tirer plus d'argent du consommateur. 
L'objet Mingei se doit donc d'être fiable, utile, tout en restant bon marché.
Il est clair et net que l'on peut voir là une critique de l'obsolescence programmée, qui été déjà une stratégie adoptée à l'époque. Du point de vue de Yanagi Sôetsu, on aurait sacrifié le beau et le bon au service du "pas cher" et du standard. 

Fonctionnalité

Objet Mingei

Par là, on pourrait comprendre tout à fait la fiabilité et l'utilité déjà cité plus haut. Mais ce que veut avant tout souligner Yanagi Sôetsu dans cette caractéristique, c'est la primauté du fonctionnel au "décoratif". Un objet Mingei ne doit pas être plus décoré qu'il n'a besoin de l'être. Là où l'architecte américain Louis Sullivan avait formulé "la forme suit la fonction", on pourrait dire pour le Mingei que "la beauté suit la fonction".
Ainsi, le Mingei recherche une esthétique épurée et simple, libre des fioritures et des sophistications.

 

Donc pour résumer : l'objet Mingei est fonctionnel, de bonne qualité, bon marché, durable, sans prétentions, sobrement décoré. Yanagi Sôetsu continua à écrire pendant toute l'ère Shôwa sur les Arts Populaires, à définir ses codes, et à écumer le pays tout entier à la recherche d'objet représentant ses idéaux.
Lors de son périple dans le Kyushu, il trouva notamment de nombreux artisans dont le travail était "typiquement Mingei". 
Vous voyez par exemple Shibata Tamaki qu'on vous avait présenté auparavant ? Son père reçu la visite de Yanagi Sôetsu et fut reconnu par ce dernier ! Les céramiques de Koishiwara furent également au goût de ce critique d'art.
La théorie du Mingei fut un énorme succès au Japon, et le mouvement influença jusqu'au-delà des frontières japonaises de nombreux designers par la suite.

Cet article vous a plu ? Si c'est le cas, promis, je continuerai d'écrire sur le Mingei !





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