À la recherche des artisans perdus : Kurume-gasuri (épisode 2)

juillet 07, 2017

atelier teinture Yamamura

Takeshi et moi étions loin d’être au bout de nos surprises à Kurume. Comme vous aviez pu le lire dans notre précédent article, nous étions séduits par le potentiel du Kurume-gasuri ! Ce tissu local a en effet une grande variété de motifs, figuratifs comme abstraits, d’un style certes traditionnel mais tout de même intemporel. Ce qui le rend tout à fait applicable à presque n’importe quel projet : vestimentaire, accessoire, décoration d’intérieur, literie, etc… D’une qualité remarquable et pourtant encore assez méconnu, le Kurume-gasuri mériterait que vous lui donniez sa chance. Après je dois vous avouer que chez AKANE ZEN, nous accordons beaucoup d’importance au fait-main. Bien sûr, le tissage à la machine reste tout à fait intéressant, étant donné l’ancienneté des métiers à tisser et le savoir-faire qui en découle. En tout cas, si ces tissus vous intéressent, on compte bien les rendre accessibles via notre boutique en ligne. Mais quand même, on aimerait bien mettre en avant un tisserand en particulier.
Ayant compris cela, Saitô-san, notre guide, nous avait emmené visite chez un artisan tout à fait singulier !
Il fallait cette fois-ci aller à Hirokawa, un petit patelin à mi-chemin entre Kurume et Yame. C’est au milieu d’un groupuscule de maisons entouré par les champs, avoisinant de petites montagnes, que se trouvait l’atelier en question. Il y avait à vrai dire plusieurs ateliers d’ailleurs. On pouvait entendre, de temps à autre, les métiers à tisser du voisinage s’affairer. Mais celui que nous allions visiter est bien différent, puisque le tisserand qui le gère fabrique ses tissus sans le moindre mécanisme électrique !
Cet artisan répond au nom de Yamamura Takeshi. Et oui, son prénom sonne comme mon collègue Takeshi mais ce n’est pas écrit avec les mêmes Kanjis (caractères chinois).
Rien que l’atelier et la maison vaut le détour ! Alors, par quoi commencer ?
atelier yamamura
Parlons tout d’abord de l’atelier. Il s’agit d’une bâtisse vieille de plus de cent ans, avec une magnifique charpente en bois et des murs en torchis craquelés. Des ouvertures au niveau du toit et de la partie supérieure des murs offre une lumière magnifique pour apprécier la couleur des tissus. Et ce n’est pas pour rien, car la majeure partie de l’atelier y est dédiée à la teinture. Sous les couvercles en bois de douze cuves, qui sont en fait d’énormes jarres scellées dans un fourneau fait de terre et de parpaings (bon les parpaings, c’est sûr, c’est moins « d’époque »), repose la teinture indigo. Si Yamamura-san ne propose QUE de l’indigo, il utilise bel et bien de l’indigo naturel, entreposé dans des sacs de pailles, qu’il se fournit auprès d’artisans spécialisés !
teinture sac paille
teinture indigoEt là, on a affaire à un puriste ! La trempe, l’essorage, l’oxygénation, tout se fait à la main et avec l’aide de quelques bâtons de bambous qu’il confectionne lui-même. Il m’expliqua que sa famille proposait auparavant d’autres teintures. Mais comme cela demandait un travail de titan (seuls des ateliers spécialisés comme le Yumezaiku peuvent réellement proposer toute une variété de teintures), et que le tissage prenait déjà la majeure partie de son temps, Yamamura-san se limita à l’indigo. Mais son indigo est d’une profondeur et d’une puissance telle qu’il est parfois comparable au lapis-lazuli ! Il sait d’ailleurs décliner cette couleur en plusieurs nuances, au point de pouvoir reproduire dans ses motifs un effet de scintillement. C’est surtout observable dans ses motifs en forme d’étoiles.
Kimono kurume étoile

Mais bref, revenons à l’atelier ! Il s’assure à ce que la teinture ne décante pas en touillant le contenu de la cuve avec un long bâton de bois, dont le bout se réduit avec le temps à force d’être rongé par l’acide acétique.Il trempe ensuite ses fils dans la teinture en les accrochant à un morceau de bambou, et les faits tourner avec un crochet pour s’assurer à ce qu’ils soient bien imprégnés sur toute leur longueur. A l’aide ensuite d’un autre bâton de bambou, il essore les fils pour retirer le trop plein de teinture. Vient ensuite l’oxygénation, qui se fait en frappant les fils contre un endroit creusé dans la terre du fourneau. Ainsi, l’exposition à l’air devient optimal et permet de fixer la cette magnifique couleur. Pour vous donner une meilleure idée, vous pouvez voir le processus dans cette vidéo. C’est le fils de Yamamura-san qui aide régulièrement à cette activité-là. Il semble d’ailleurs plus intéressé à l’avenir par la teinture que le tissage, selon son père.


A côté des cuves de teinture se trouve l’ourdissoir où se déroule une autre étape, l’enroulage de la chaîne (« tatemaki »/経巻き). Une sorte d’énorme bobine en bois permet de tendre un maximum les fils de chaînes accrochés sur une douzaine de mètres. A l’autre bout, les fils sont dissociés et étendues en passant à travers un guide-fil (appelé « Araosa »/荒筬), pour être ensuite enroulés avant l’ourdissage sur le métier à tisser. Le but ici est de faire en sorte à aligner les zones de blancs et de couleurs ensemble pour préparer et former les motifs. C’est pourquoi, on appelle aussi cette étape « ajustement des motifs » (« Gara-awase »/柄あわせ). Chieko, la femme de Yamamura-san, passe attentivement les fils au peigne, telle une servante pour la longue chevelure d’une dame de la cour d’Heian. Il s’avère que presque tous ces outils, majoritairement faits en bambous, datent de l’ouverture de l’atelier ! Comme les personnes capables de fabriquer ces outils sont rares, elle m’expliqua qu’ils en prenaient soins et les réparaient quand ils le pouvaient. Certains autres outils, comme la latte de bambou arquée qu’elle utilise pour plaquer les fils, a été faite de ses propres mains pour répondre à ses besoins. Je vous laisse voir par vous-même cette étape dans la vidéo suivante !
Ces étapes déjà longues et fastidieuses achevées, il faut maintenant passer au tissage ! Pour cela, il faut entrer dans leur maison, où le métier à tisser attend les visiteurs dans le vestibule. Ici, point de moteur ou de machine automatique !
Afin de s’assurer à ce que le tissu garde la même largeur, Yamamura-san le pique de chaque côté avec une cale pliante qu’il déploie. Ainsi, il peut faire passer de ses propres mains la navette entre les fils de chaînes. Puis, tout en accompagnant les fils de chaînes avec ses doigts, il les fait s’entrecroiser en actionnant le harnais avec une pédale. Il plaque ensuite l’ensemble avec son peigne (la grande barre en bois qu’il rabat contre la cale). Il est fascinant de voir comment les mains de Yamamura-san, pourtant robustes et épaisses, font un travail si précis et minutieux.
Pour fabriquer un rouleau de tissu (comme pour tous les autres ateliers, 12m de longueur par 38cm de largeur), cela prend environs 3 mois minimum ! Et encore ! Plus le motif est petit et fin, plus les nuances de bleu s’accumulent, et plus le temps de fabrication se rallonge ! Les tissus les plus élaborés peuvent donc atteindre jusqu’à 6 mois de fabrication ! Et comme vous pouvez le voir dans cette vidéo, le tissu que fait Yamamura-san promet de prendre un certain temps… cet homme est la patience incarnée !
Après nous avoir montré les grandes lignes de leur processus de fabrication (qui comprend tout de même 30 étapes en tout !), le couple de tisserands nous invitâmes dans leur salon pour discuter autour d’un thé.
salon yamamura
Quel salon, mes amis, mais quel salon ! Une Washitsu (和室/ « Salle japonaise », connu en France sous l’appellation « salle-tatami »), tout ce qu’il y a de plus typique. Mais en plus de ça, chaque recoin se retrouve décoré avec les tissus de Yamamura-san : un véritable showroom ! C’est pourquoi je me suis permis de vous montrer, avec leur autorisation bien sûr, leur salle à vivre. Vous y trouverez de nombreux exemple d’utilisation du Kurume-gasuri dans les photos ci-dessous. Cravates, coussins de tailles divers et variés, dragonne pour lunette, cordelettes en tous genre, bijoux et accessoires, sacs et pochettes, sous-verres, set de table, rideaux, la nappe de table, et bien d’autres choses encore. Votre imagination est votre seule limite ! Certains de ces produits vous intéressent ? Faites-le savoir sur notre page Facebook ! Leur disponibilité restera limitée, mais après tout, on pourrait aussi les ajouter à notre catalogue !

Kurume gasuri cravate

Kurume kasuri bijoux
Kurume kasuri produits
Kurume kasuri tansu


L’indigo offrait à leur salon une atmosphère relaxante, et rafraîchit idéalement en plein été ! Yamamura-san nous montra également via des albums photos toutes les explorations qu’il a pu faire pour actualiser le Kurume-gasuri. Quelques designers et stylistes ont pu collaborer avec lui pour créer des robes et des costards uniques en leur genre !
Au passage, les photos et vidéos de cet article ont été prises lors de notre deuxième visite, donc vous ne verrez malheureusement pas Saitô-san, la personne qui nous a présenté à ces fabuleux artisans. Ceci dit, j’en profite quand même pour vous dire que nous allons sans doute collaborer avec Saitô-san. Non pas en tant qu’artisan-partenaire, mais en achetant par exemple certains de ses produits soit pour vous proposer entre autre des offres promotionnels. Vous ne le voyez pas, là, mais je vous fais plein de clins d’œil !


variete Yamamura kurume-gasuriArrive le moment de la négociation… Il fallait, comme pour avec les autres tisserands, vérifier si Yamamura-san était prêt à adapter la longueur de ses tissus. C’était quelque chose de très compliqué à demander étant donné le mal qu’il se donne pour créer des rouleaux entier. A trois mois près, on est à la même durée de gestation que pour un bébé. Et sans doute que chacun de ces tissus comptent pour Yamamura-san comme un enfant. Inutile donc de préciser que, si les tissus fabriqués à la machine par les autres tisserands restent à un bon prix, un rouleau entier de Yamamura-san ne sera sans doute accessible qu’aux plus aisés d’entre vous.
A notre grande surprise, Yamamura-san nous expliqua qu’il avait quand même quelques rouleaux dans lesquels il pouvait couper sans problème. La raison est qu’ils ont des « imperfections », comme un fil ou deux défaits par endroits qui empêche le rouleau d’être vendable en son entier. Alors je dis « imperfection » avec des guillemets, parce qu’il faut franchement les chercher à la loupe ! Il y a déjà tout une sélection de motifs disponibles. Voyez plutôt !

En sachant que pour ceux d’entre vous qui souhaiteraient tisser eux-mêmes, Yamamura-san peut aussi proposer ses fils teintés, qui sont d’une grande qualité ! Faites nous savoir si vous voulez aussi vous en procurer !
Kurume gasuri fils
Il nous faut tout de même vous avertir d’une chose. La disponibilité restera limitée. Quand bien même Yamamura-san peut éventuellement fabriquer à nouveau certains motifs s’ils sont populaires, il ne peut pas fabriquer des tissus du jour au lendemain ! Yamamura-san nous avertira cependant si un tissu venait à s’épuiser donc il ne devrait pas y avoir de mauvaises surprises.
Sur ce je vous laisse sur cette courte vidéo de mon entretien avec Yamamura-san. A bientôt pour de nouvelles aventures ! On espère sincèrement que les produits de Yamamura-san vous plairont et que vous compterez parmi l’un de ses clients !

Yamamura Takeshi tisserand
En savoir plus : Takeshi Yamamura




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