Konomi-en, la plus vieille boutique de thé du Kyushu

mai 18, 2017

the japonais konomien

de gauche à droite : Enji Konomi, Lucas, Kenichi Konomi

C’est au cœur de Yame, dans une petite rue marchande, que se trouve ce petit bijou.
Plus qu’une simple boutique, le bâtiment en lui-même est une véritable curiosité. Avant même de se spécialiser dans le thé, ce magasin vendait les produits des montagnes environnantes (bois, champignons shiitake, racines et légumes, gibier, etc…). C’était alors dans les parties les plus anciennes du bâtiment, datant du milieu de l’ère d’Edo (plus précisément période Hôei, 1704-1710) que se déroulait ce commerce. La rivière Yabe s’écoulant non loin de là, c’était tout naturellement que le magasin s’était appelé Yabeya, qui donna son nom à la marque de thé actuelle.
Mais ce n’est que depuis 1865 que le maître des lieux décida de se convertir dans le commerce du thé. Par la même occasion, le magasin fut rebaptisé avec le nom de famille du propriétaire : « Konomi-en » (littéralement, « le jardin de Konomi »). Le bâtiment évolua ainsi entre les ères Meiji et Shôwa pour s’agrandir et abriter toutes les infrastructures pour stocker, préparer, sécher le thé et enfin le vendre.
C’est avec beaucoup de gentillesse que le père du maître actuel des lieux, Hisakichi Konomi, 5ème du nom, nous guida dans sa boutique.

Konomi-en
Nous étions d’abord surpris par la paroi en bois noir à côté de la devanture. De l’extérieur, on ne voit qu’une paroi noir fixé au mur blanchi à la chaux. Mais de l’intérieur, elle cache une fenêtre se déployant sur toute la longueur du mur. Notre guide nous expliqua que, semblable à un « entonnoir de lumière », cette paroi bloque l’exposition directe à la lumière du soleil, mais la redistribue par le haut. Ce dispositif lui permet d’exposer différentes sortes de thé le long de la fenêtre avec une lumière idéale pour faire ressortir leur couleur.

Konomi-en
Monsieur Konomi nous emmena ensuite en arrière-boutique, nous faisant passer à côté de délicieux petits jardins intérieurs. Au milieu d’un bric-à-brac d’étagères et d’outils se trouvait le séchoir à thé. C’est une sorte de bac en bois posée sur un poêle au charbon dont la chaleur sert à sécher les feuilles de thé. Le fond du bac est fait d’un épais papier Washi (papier traditionnel japonais), au fond duquel on foule et roule le thé à la main pour concentrer tout son arôme. On appelle cette technique le Hoiro-shiki, utilisée uniquement pour certains thés. Afin de conserver le fond de papier et de légèrement l’imperméabiliser, monsieur Konomi nous explique qu’il applique une teinture de Kakishibu*.

Konomi-en

Konomi-en

Dans le cas où le fond se déchire, il le répare avec des pièces de papiers plus neuves, collées avec une pâte naturelle à base de farine. Le but est de pouvoir utiliser encore et encore le même fond de papier pendant des dizaines d’années ! Vous savez que « c’est avec les vieux chaudrons qu’on fait les meilleures soupes » ? Et bien c’est pareil avec le fond de papier du séchoir ! Le roulage à la main et le séchage sur fond de Washi au fil des années contribue à développer l’arôme du thé. Monsieur Konomi en profita aussi pour nous montrer les différents objets qu’il avait créés à partir d’anciens fonds de séchoir. La robustesse du papier épais, laqué et travaillé par le temps permet de faire des paniers et des petites pelles de caractère !
C’est alors que monsieur Konomi nous confia que, si Yame est bel et bien connue aujourd’hui pour son thé, c’était à l’origine la capitale du papier Washi. Plus de 1000 ateliers fabriquaient ces magnifiques papiers autrefois, mais il n’existerait actuellement que 6 ateliers encore en activité (Vous pourrez en savoir plus dans un prochain article sur notre blog ! ).

Konomi-en
Konomi-en
En montant ensuite dans une magnifique salle tatami où les clients peuvent venir déguster leurs thés, la conversation se tourna vers le fameux Gyokuro de Yame, que monsieur Konomi a l’habitude de faire et de préparer. Selon lui, un bon Gyokuro se déguste et s’infuse trois fois à des degrés différents. On infuse d’abord à bas degrés pour retirer l’Umami et avoir un goût plus prononcé. Ce qui permet, lors d’une seconde infusion à degrés moyen, de faire ressortir l’ensemble de ses saveurs. Puis, à la troisième infusion dans une eau bien chaude, l’amertume revient en force !
Konomi-en

*Kakishibu : Teinture à base du fruit du Kaki qui est récolté alors qu’il est encore vert, puis fermenté. Son odeur est très forte, mais s’efface totalement lors de la teinture. Elle donne une couleur brune.

Le site officiel de la boutique (en Japonais) : http://www.konomien.jp





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