Atelier-découverte : le Higô Zôgan (damasquinage japonais)

juin 08, 2017

damasquinage japonais mitsusuke

C’était avec une joie non contenue que nous nous étions occupés de la commande de la première cliente d’Ôsumi-san, artisan-damasquineur de l’atelier Mitsusuke. Le stock des produits étant chez les artisans même, notre procédure habituelle est de faire parvenir les commandes jusqu’à nous (je tiens à préciser que c’est nous qui réglons les envois domestiques) avant de l’expédier au client. Mais comme nous savions qu’Ôsumi-san propose un atelier-découverte de damasquinage, nous voulions faire une pierre deux coups, et partîmes donc pour Kumamoto !
Sur la route, je note qu’on ne voit plus ces taches bleues dans le paysage. Je suppose que vous aviez déjà entendu parler du grand séisme qui a secoué la préfecture de Kumamoto l’année dernière ? Plusieurs mois après, on comptait encore beaucoup de toits qui s’habillaient d’une bâche bleue en attendant les réparations. C’est avec soulagement que je constate que la vie, lentement mais surement, reprends son cours habituel.
Après deux bonnes heures de route, nous arrivâmes devant la boutique-atelier Mitsusuke.
En entrant dans la boutique, je m’attarde sur les différents produits mis en rayon et observe une grande variété d’objets, accessoires et bijoux, ornés tantôt de motifs traditionnels, tantôt de motifs plus abstraits ou contemporains. Une chose est sûre, Ôsumi-san s’ouvre à de nouvelles possibilités avec son art. Ce qui est souvent critiqué par ses contemporains, qui pensent qu’Ôsumi-san se détourne des traditions en explorant d’autres médiums pour son artisanat. Mais ce dernier estime que pour que le damasquinage japonais puisse perdurer, il se doit de s’adapter aux besoins de notre époque. Après tout, ça fait longtemps que les samurais ne courent plus les rues !

damasquinage japonaisJuste avant d’attaquer les choses sérieuses…

Une fois la commande de notre cliente entre nos mains, Ôsumi-san nous guida au deuxième étage de la boutique où se trouve une petite salle (celle que vous pouvez voir dans la vidéo sur notre page facebook). Il commença l’atelier-découverte par une introduction historique tout en me montrant une frise chronologique. Pour ce qui est du contenu du discours, il correspond tout à fait à l’explication que nous avons faite du Higô Zôgan sur notre site. Je vous invite donc à vous rendre sur la page de Mitsusuke, histoire de ne pas rallonger inutilement cet article.
Le produit de l’atelier-découverte est un strap pour portable, soit en forme de médaillon sur lequel figure le château de Kumamoto, soit en forme de Kumamon : l’ours noir aux joues rouges, mascotte kawaii de la préfecture de Kumamoto.
J’aime bien les choses Kawaii de temps en temps. C’est sympa et rafraichissant. Mais quand on est cerné par l’esthétique Kawaii pour lequel le Japon voue un véritable culte, on finit souvent par s’en lasser. Je choisis donc le médaillon avec le château.
La préparation du métal étant un processus trop long et compliqué (voir notre présentation ici), j’allais me contenter ici de faire une seule phase : incruster la silhouette découpée en or sur la surface métallique. Ce qui veut dire aussi que vous devez réserver en avance pour pouvoir faire cet atelier. Les effets de textures et dessins gravés dans l’or exigent aussi un haut niveau technique, donc Ôsumi-san s’occupera de cette phase après, pour expédier ensuite le produit totalement fini.
Je me retrouvais donc avec le médaillon fixé solidement à son socle en Matsuyani (松ヤニ, résine de pin), avec à gauche les silhouettes du château prédécoupées par Ôsumi-san, et à droite mes outils.
Parmi les outils, vous avez :
- Une petite pince à la pointe très fine
- Un petit burin au bout plat. Il est normalement en corne de daims, mais pour les besoins de l’atelier, le mien est en plastique.
- Un petit marteau à tête large
- Un petit marteau à tête fine
- Une pointe de métal
L’activité se découpe donc en plusieurs étapes :
- Poser une feuille d’or prédécoupée sur la surface métallique
- Plaquer la feuille au burin et au marteau pour qu’il se fixe à la surface
- Faire de même avec chaque feuilles jusqu’à assembler l’ensemble du motif
- Fixer définitivement le motif avec un marteau à tête fine
- Gratter toute la surface avec le « stylo-gratteur » pour nettoyer l’ensemble.
damasquinage japonais

Commençons donc !
Je galère tout d’abord à positionner la partie supérieure du château avec la pince. Le moindre faux geste et la feuille s’envole au loin ! Mais pas de panique, une fois bien positionné, on va pouvoir la fixer avec un coup de burin et de marteau. Cette étape-là s’appelle le « Karidome » (仮止め), littéralement « fixation temporaire ».
Le petit burin se tient avec trois doigts, pour plus de stabilité. De même pour le marteau. Ôsumi-san insista sur le fait de tenir le burin bien droit, car si on frappe avec l’angle et non pas le plat du burin, ça déchire la feuille d’or. Le marteau doit aussi frapper le burin bien droit. On frappe une première fois au centre, puis en frappant continuellement, on déplace lentement le burin jusqu’aux bords pour fixer l’ensemble de la feuille.
Pas facile de se lancer quand on a sous le burin une toute petite et fine feuille d’or qu’on pourrait ruiner d’un coup. Je prends mon courage à deux mains, m’assure que le burin soit bien droit, et frappe ! Avec la même grâce qu’un bébé qui apprend à utiliser une fourchette, je martelais comme je pouvais, concentré sur l’angle de mon burin. Je n’osais pas frapper trop fort, de peur de tout bousiller ! Voyant que je ne martelais pas assez fort (et avec deux mains gauche) Ôsumi-san pris le temps de me réexpliquer : « L’or doit changer de couleur, presque blanchir, à l’impact du marteau, donc tu peux y aller ! ». Puis il me montra comment tenir le marteau de façon plus souple. Trois doigts suffisent à tenir le marteau comme il faut, tandis que la paume servant de butoir sur lequel le marteau rebondit. Le geste est ainsi plus souple, rapide et fort.
damasquinage japonais

Je m’exécute donc, un peu mieux cette fois-ci. Je vois bien l’or qui pâlit avec l’impact et une fois que je pense avoir fini, je montre à Ôsumi-san, qui me répond :
« Oui, c’est bien… euh… attends ! Je vais chercher mes lunettes. »
Une fois les lunettes sur son nez, il réexamina, et finalement pris ses outils pour fignoler mon travail.
Tout en se plaignant de sa vue qui baissait, Ôsumi-san m’expliqua alors que dans son métier, le plus dur, c’est la vision. Le fait de passer des jours à fixer des détails infimes fatiguent les yeux à une vitesse folle. Tous les damasquineurs finissent par perdre leur acuité visuelle au fur et à mesure qu’ils gagnent de l’expérience. Alors que les plus jeunes et moins expérimentés font un travail finement ouvragé dans les détails, les plus anciens gagnent une forme d’imprécision qui rajoute au charme de leur travail. A ce point précis où c’est non plus les yeux qui guident les mains mais l’expérience, « le goût ressort ».
« Aji ga deru » : l’esthétique du cours de la vie
Cette expression : « le goût ressort » (Aji ga deru/味が出る) revient très souvent dans la bouche des artisans. C’est une expression qui me rendait perplexe au début car le mot « goût » pour moi renvoyait soit au sens lié à la langue, soit au sens lié à la perception de la beauté (« avoir bon goût en matière de… »). Mais là, à en juger par cette expression, il semblerait que c’est l’objet en question qui émane cette beauté. Et attention, pas dans n’importe quel objet ! L’objet qui émane cette beauté est presque systématiquement travaillé par le temps. Je ne vais pas m’attarder sur les notions de Wabi-Sabi maintenant (pleins de spécialistes l’ont déjà fait pour moi), mais de manière générale l’esthétique traditionnelle japonaise valorise énormément l’effet qu’opère le temps sur les choses. Si on devait illustrer ça sur des choses concrètes, c’est par exemple la patine sur un objet métallique ou en laque, la dentelle d’une fine craquelure sur le vernis d’une céramique, etc… Mais dans le cas qui nous concerne là, c’est apparemment la précision technique du damasquineur qui gagnerait en charme dans ce qu’il perd en perfection. Car c’est là la trace de sa vie.
damasquinage japonais
Lignes courbes et volutes, de loin la partie la plus délicate !
Mais revenons à l’atelier ! Je gagnais un peu en aise alors que je finissais de fixer la silhouette du château. Je fis de même avec les feuilles de Ginkgo. Mais la partie la plus difficile fut de loin la tige des feuilles !
Je devais pour cela récupérer des fils d’or, les courber et les poser contre les feuilles sans pour autant qu’ils soient en contact. Là on parle vraiment du millimètre près, fallait pas éternuer ! Ensuite, tout en frappant progressivement au burin pour fixer le fil, il fallait s’assurer à ce que le fil reste courbé comme il faut. A mesure que je frappais, le fil se déformait toujours un petit peu pour perdre son arrondi. C’est à ce moment-là que je compris la dextérité qu’il fallait pour créer des motifs sinueux, courbes, ronds. Je ne pouvais retenir mon admiration face aux nombreuses volutes qu’Ôsumi-san arrivait à faire sur les objets qui m’entourait.
damasquinage japonais
Troisième étape maintenant, cette fois-ci appelée « Hondome » (本止め) soit la « fixation définitive » ! Je devais plus ou moins faire la même chose, mais cette fois-ci sans burin, avec le petit marteau à tête fine. Il faut marteler plus énergiquement pour fixer pour de bon le motif. De telle manière qu’on ne puisse plus distinguer la feuille d’or du médaillon en passant le doigt.
Ôsumi-san me conseilla de m’entraîner en martelant d’abord le socle pour m’assurer de frapper bien droit. Si je frappe avec le coin de la tête du marteau, c’est irréparable…
J’essaye tant bien que mal et m’arrête en plein milieu, car il me semblait voir des aspérités sur la feuille d’or. En montrant à Ôsumi-san, ce dernier pris son marteau pour faire le travail à ma place. Il martelait avec une énergie et une régularité incroyable. Pas la moindre hésitation ni retenue dans ses gestes. Le marteau s’abattait et se relevait en faisant une parfaite ligne droite. L’entrechoc du marteau contre le médaillon frappant aussi sur mes tympans, je me disais que ce n’est pas que les yeux qui doivent souffrir quand on fait ce métier.

damasquinage japonais

Grattez, et c’est gagné !
Arrive en fin la dernière étape, « Migakidashi » (磨き出し) ou polissage. Muni d’une sorte de stylo terminé par une pointe de métal, je devais gratter la surface (un peu comme avec une carte à gratter) afin de nettoyer le médaillon. Il fallait bien sûr éviter de gratter avec le bout de la pointe mais le côté (le but est de nettoyer, pas de rayer).
Alors qu’au tout début de l’atelier, il fallait redoubler de finesse et d’attention pour ne pas tout détruire, là on pouvait y aller plus franchement ! La feuille d’or qui était alors si fragile et délicate est maintenant si bien incrustée qu’elle ne fait presque plus qu’un avec le reste du médaillon. En grattant, je voyais toute la couleur de l’or revenir avec son bel éclat.
Une fois le médaillon grattée sur toute sa surface, il sera prêt pour être ciselée par Ôsumi-san et recevoir une laque protectrice avant d’être expédiée.

damasquinage japonais

Un des meilleurs ateliers-découvertes ?
Je remerciai Ôsumi-san pour cette bonne expérience. Personnellement, c’était pour moi le meilleur atelier que j’ai fait à ce jour ! C’était aussi techniquement le plus difficile. Si ça peut parfois être frustrant d’avoir à laisser l’artisan reprendre le relais quand on ne se débrouille pas bien, on a par contre la satisfaction d’obtenir au final un produit qu’on a créé ensemble. L’inconvénient par contre c’est que contrairement par exemple à l’atelier de papier Washi, le produit fini n’arrive que deux semaines plus tard et qu’il faut donc rajouter les frais d’envoi.
J’aime beaucoup faire ce genre d’atelier car c’est l’occasion pour moi d’échanger avec l’artisan, de vraiment comprendre son travail. C’est une chose de connaître la technique, et une autre d’en faire l’expérience. Parfois, tant qu’on n’a pas mis la main à la pâte, on n’arrive pas à concevoir la difficulté de la tâche et la compétence que ça requiert. Ca me permet aussi de pouvoir mieux vous en parler et c’est pour ça que j’écris régulièrement des articles sur ce genre d’expérience. Je vous recommande vivement de faire le même genre d’atelier si vous voulez faire votre propre avis. Nous serions d’ailleurs plus que ravis de vous aider si par aventure, vous passiez dans le Kyushu !
damasquinage japonais




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