A la découverte du Washi de Yame

juin 01, 2017

papier japonais matsuo

Vous l’aurez peut-être déjà lu dans notre article sur le Konomi-en, mais avant d’être connue pour son thé, Yame était autrefois la terre promise du Washi (papier traditionnel japonais). Grâce à l’eau de bonne qualité qui coulait dans ces environs, plus de milles ateliers avaient poussé comme des champignons ! Mais il n’en resterait actuellement plus que 6 d’entre eux. 

Intrigués par cette information qui, selon Konomi-san, ne figure dans aucune brochure touristique de Yame, nous avions décidé d’enquêter.
A l’office de tourisme, le staff semblait un peu surpris que l’on s’intéresse aux ateliers de Washi, mais ils firent tout de même de leur mieux pour nous aider. Munis d’une carte chichement dessinée et d’un numéro de téléphone à entrer dans un GPS, nous sommes donc partis à la recherche d’un artisan. Il a fallu suivre une route minuscule, entre une rivière et un quartier résidentiel, puis on était censé tourner à gauche à partir d’un sanctuaire shintô.

J’en profite pour donner un bon conseil pour vous, amis voyageurs : ne vous fiez pas à la taille des Torii* sur les cartes ! Selon l’importance du Kami, un sanctuaire Shintô peut aller de l’immense domaine au sein duquel se trouvent plusieurs sanctuaires mineurs, à une minuscule alcôve. Et à voir comment les sanctuaires sont marqués sur une carte, on s’imagine forcément quelque chose de grand, visible de loin… que nenni ! Après s’être perdu plus d’une fois, on a fini par apercevoir un petit Torii de pierre. Derrière se trouvait un sanctuaire dans une petite cour bordée de cèdres. Nous posâmes donc la voiture à proximité pour continuer la route à pied. Nous étions cernés par des petites maisons typiques de la campagne japonaise, avec leur toit en tuiles vernies sombres. Certaines en bon état, d’autres de véritables ruines !
Un calme plat. On demande notre chemin à la seule âme que nous ayons croisée, une vieille dame dans son potager : « Ah ! Matsuo-san ? Oui, c’est juste derrière cette maison, mais vous devrez sortir vers la route pour descendre un autre chemin. Ce sera marqué. »

Une petite visite chez Matsuo-san

C’est non sans hésitation qu’on progresse le long du chemin, puis on retrouve enfin un grand panneau de bois sombre à moitié effacé indiquant « Atelier Matsuo Shigeyuki », accroché au bâtiment même. Pas de bruits. Juste le chant des hirondelles qui volent tout autour. De l’extérieur, on voyait quelques cuves où reposaient des kilos de pâte de papier presque sèches.
Takeshi entra dans l’atelier avec un « sumimasen » (« excusez-moi ») timide, pour finalement entendre un « oui » tonitruant. Matsuo-san, un homme dans la soixantaine, se campa dans ses bottes de caoutchouc, ses mains accrochées à son tablier. Takeshi lui expliqua que nous étions venus à sa rencontre pour écrire un article (que vous lisez en ce moment même) sur son activité, et que nous souhaitions pouvoir prendre des photos.
« Y a pas de soucis, entrez ! J’avais justement finis ma pause. », nous répondit-il généreusement.
Matsuo-san touilla la pâte d’une cuve, et prépara ses ustensiles. Contrairement au tamis que j’avais utilisé dans l’atelier du centre de l’artisanat traditionnel de Yame, celui de Matsuo-san était immense. Afin de pouvoir le manipuler, le tamis était relié à des cannes en bambous accrochés au-dessus de la cuve. Même avec ce dispositif, le tamis semblait lourd et j’avais mal pour les reins de Matsuo-san. Mais chacun de ses gestes étaient calmes, parfaits, témoignaient des dizaines d’années d’expériences. Il plonge le tamis dans la cuve. Repêche la pâte qu’il agitait fermement. Fait passer par-dessus bord le trop plein. Il soulève la cale en bois et insère un filament de plastique jaune dans la pâte de papier déjà solidifiée. Il soulève la natte en bois qui constitue le fond du tamis. Déroule la natte délicatement sur la pile de centaines de papiers pour y reposer la nouvelle feuille. D’un à-coup sec, il agite la natte pour que la feuille s’y décroche. Et ainsi de suite, le tout dans le silence.
washi de yame

C’est souvent là la difficulté quand on rencontre pour la première fois un artisan. Ces personnes, techniciens et créateurs expérimentés, habitant souvent des lieux perdus, sont en général d’un naturel taciturne et peu loquace avec les inconnus. Il faut du coup prendre le temps de leur poser des questions, s’intéresser à eux, pour que leur langue se délient. Une fois qu’ils commencent à nous connaître et à nous faire confiance, c’est là qu’une relation peut se créer.
Voici pêle-mêle ce qu’il a bien voulu nous dire : « ce n’est pas moi qui ai fondé cet atelier, mais ça fait plus de trente ans que j’y travaille. C’est vrai qu’avant y avait beaucoup d’ateliers, mais maintenant on est plus que quelques-uns. Faut dire qu’on n’a pas beaucoup de commandes. Y a des fois des jeunes qui viennent aider, mais de là à avoir un apprenti… et puis c’est pas comme si ils pourraient en vivre, alors bon. Le plus dur c’est les outils, on n’en trouve plus. Tant qu’on n’a pas quelqu’un pour nous les fabriquer sur mesure, c’est difficile de continuer ce métier pendant des années. Oui, les ingrédients du papier sont du coin, mais ce n’est pas non plus la porte d’à côté. En ce moment on fabrique des commandes pour des étiquettes de bouteille de sake. Les marques de luxe aiment bien utiliser le Washi. »
Lui ayant demandé comment il séchait ses papiers, Matsuo-san m’invita à aller regarder dans une autre pièce où logeait une immense table à la surface métallique. Cet immense séchoir chauffe les feuilles pendant que l’artisan s’assure, à l’aide d’une spatule, qu’aucune bulle ne se forme.
washi de yame

washi de yame

C’était là que nous avions croisé son épouse. D’un naturel beaucoup plus amène et chaleureuse, c’était sans aucun doute elle qui s’occupait du commerce. Après nous avoir fait un petit tour et séchés quelques feuilles, elle nous invita à venir dans la boutique.
Entre la boutique et l’atelier se trouvait la salle de stockage. J’ai alors compris pourquoi le chant des oiseaux était si présent. Au moins une bonne dizaine de nids d’hirondelles se trouvait là, entre les poutres du plafond. Les petits oiseaux allaient et venaient en piaillant allégrement. Une petite planche en bois avait été fixée juste en dessous de chaque nid. En demandant le pourquoi de ces petites planches, elle me répondit : « c’est pour éviter que les fientes ne salissent le sol, et ça évite les accidents quand on transporte le papier de l’atelier au stock. Et puis vous voyez là ? Les dates écrites sur les planches correspondent à chaque naissance d’hirondelles. Mon mari aime bien les observer et regarde régulièrement si elles ont pondu ou pas. » Elle nous montra l’outil dont son mari se servait pour observer l’intérieur des nids. C’était un manche à balai au bout duquel était fixé au ruban adhésif un petit miroir et une lampe de poche. Matsuo-san allumait donc la lampe de poche et glissait le miroir au-dessus des nids pour compter les œufs.


Après un court moment à observer les hirondelles et leurs nids, nous entrâmes dans la boutique et ne furent pas au bout de nos surprises !

C’est fou ce qu’on peut faire avec du papier !

Cette boutique contenait bien sûr tous les produits classiques que l’on pourrait trouver dans un magasin de papier Washi : cartes postales, marques-pages, papier à lettre, étuis pour baguettes et cure-dents, origami, pièces de papier diverses et variées. Mais mon regard fut tout particulièrement attiré par des chapeaux en Washi !
washi de yame

Non, non, je ne parle pas des chapeaux comme on a l’habitude de faire en France en pliant du papier journal. Je parle d’un vrai chapeau cousu ! On jurerait de prime abord que c’est du tissu. Mais c’est en fait du papier légèrement froissé qui a été traité de telle manière à ce que l’on puisse le laver à la main. On m’a alors expliqué que le papier était produit ici, tandis que le chapeau a été fabriqué en collaboration avec un designer à Hokkaidô (l’île la plus au nord du Japon). Ils avaient également confectionné une chemise dans le même style. Si léger qu’on croirait ne rien porter. On m’a aussi montré une cravate dont le tissage est fait de papier finement torsadé. Le tout lavable à la main. Mais alors que je m’émerveillais sur ces produits hors du commun, l’épouse de Matsuo-san laissa échapper avec un ton de tristesse dans la voix : « mais on n’en fait plus malheureusement ».
washi de yame

Le Washi de Yame, un artisanat en voie de disparition ?

Elle nous expliqua alors que celui qui avait développé ce produit n’est actuellement plus de ce monde. Ils étaient plusieurs à travailler dans leur atelier, mais la plupart étant d’un âge vénérable, certains ont dû prendre leur retraite. D’autres ont travaillé jusqu’au bout… Une de leur collègue avait continué à manipuler ce lourd tamis jusqu’à ses 80 ans. Maintenant qu’ils ne sont plus que deux, ils continuent à remplir des commandes pour des compagnies. Les étiquettes de bouteille de sake sont simples à faire et ne requiert pas beaucoup de temps. Tandis que créer des chapeaux et accessoires vestimentaires prendrait beaucoup trop de leur temps et de leur énergie. Aucun apprenti n’étant là pour reprendre le flambeau, je vous laisse imaginer l’avenir de cet atelier…
Nous remerciâmes chaleureusement Matsuo-san et son épouse pour rentrer à Fukuoka.

Cet article n’est pas très joyeux, c’est vrai. Mais je ne pouvais pas m’empêcher de ressentir de la tristesse pour cet atelier qui va doucement vers son extinction. Comment milles ateliers peuvent-ils être réduits à six ? C’est là un bon exemple du calvaire de l’artisan. Entre ceux qui décident d’abandonner cette activité pour une autre qui leur permette plus facilement de vivre. Ceux qui veulent à tout prix préserver la tradition pour mieux disparaître avec. Ceux qui ne trouvent plus de sang neuf pour apprendre et perpétuer. Il n’y a aucun doute, pour bien des raisons l’artisanat japonais est en danger. C’est ce genre de rencontre qui nous pousse, Takeshi et moi, à vouloir changer ça. Pour que l’artisanat puisse se perpétuer, il faut des nouvelles générations d’artisans. Pour qu’il y ait des nouvelles générations, il faut que les gens veuillent reprendre le flambeau. Pour vouloir reprendre le flambeau, il faut au moins pouvoir gagner sa vie avec cette activité. Pour gagner sa vie avec cette activité, il faut vendre. Or le marché japonais est tout simplement en déclin. Mais je suis sûr que dans tous les pays francophones, il y a des gens qui aimeraient ce que font ces artisans. Qui seraient leur client. Mais autant faut-il que les gens connaissent et aient accès à leur produit.
C’est là qu’on intervient.
En attendant, pour soutenir l’atelier de Matsuo-san, nous souhaitons leur acheter quelques produits que nous pourrons ensuite offrir à nos followers sur Facebook pour quelques petites loteries et jeux. Continuez à nous suivre pour en savoir plus !

*Torii : porte sacrée délimitant le domaine du Kami. Souvent en bois laqué rouge, parfois juste en pierre, il peut être minuscule comme immense. Dans tous les cas, si vous en voyez un, c’est qu’un sanctuaire se trouve derrière.





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