Shikada Sudare, de la barrière spirituelle aux rideaux modernes

février 02, 2018

sudare japonais

Au Japon, la meilleure manière de rencontrer plus d’artisans… est de passer par d’autres artisans !
Dans ce pays où le réseau est d’une importance cruciale, beaucoup de professionnels de l’artisanat se connaissent de près ou de loin. Certains étaient d’anciens camarades de classes. D’autres partagent la même profession ou font partie de la même communauté. Certains se sont tout juste rencontrés lors d’expositions. Ce fut l’épouse de Matsuo-san, sculpteur de poupées Hakata, qui nous avait suggéré de rendre visite à un certain Shikada-san.
Ce dernier est un des principaux fabricants et fournisseur de Sudare (簾, ou en hiragana すだれ) du Japon. Si vous êtes déjà venu au Japon, alors vous avez déjà vu ces objets : ce sont les rideaux déroulables en lattes de bambous que l’on trouve dans les temples et sanctuaires japonais. Intrigués, nous sommes allés rendre une visite de courtoisie à Shikada-san, qui eut la gentillesse de nous faire le tour de son entreprise.
Laissez-nous donc vous présenter le Sudare, cet objet d’apparence si simple, et pourtant si profondément ancré dans la culture japonaise.

sudare rideaux japonais

Sudare, la première partition d’espace intérieur japonais

L’existence du Sudare est directement liée à l’architecture des maisons traditionnelles japonaises.
En effet, alors qu’en Europe on sépare nettement chaque espace avec des murs, cloisons et portes, l’espace intérieur dans le Japon d’antan était beaucoup plus ouvert. Vous savez presque tous par exemple que l’intérieur japonais est délimité en général par des portes coulissantes, que l’on appelle Shôji (障子). Ces panneaux de bois et de papier Washi pouvaient être retirés afin de moduler la taille de la pièce. Et bien avant que le Shôji ne soit inventé, les Japonais délimitaient l’espace à l’aide des Sudare. Ils utilisaient ces rideaux en lattes de bambous pour répartir chaque pièce en les déroulant et enroulant comme bon leur semblaient. Ces fameux écrans déroulables remontent au moins à l’ère Heian. Preuve en est qu’ils étaient représentés dans les peintures illustrant le Genji no Monogatari, le tout premier roman de l’Histoire du Japon.

atelier sudare rideaux japonais
Pas très intimiste tout ça, me direz-vous. Il faut savoir que dans le Japon ancien, les Japonais étaient habitués à partager chaque instant de leur vie quotidienne avec les membres de leur famille. Et donc pour préserver un peu leur « intimité », des Sudare et paravents faisaient l’affaire. Bien évidemment, la délimitation de l’espace intérieur évolua petit à petit pour laisser apparaître les Shôji et les Fusuma (襖 : cloisons opaques et plus épaisses) par la suite. Selon Shikada-san, ce serait surtout avec l’avènement de la classe guerrière au sommet de la pyramide sociale que l’on aurait commencé à fermer d’avantages les pièces. Histoire d’éviter de laisser échapper les stratégies militaires et comploter en paix… 

artisan sudare japon

Un écran déroulable au cœur de la culture japonaise

Si le Sudare est au cœur de la culture japonaise, c’est parce que cet objet est une des formes que peut prendre le Kekkai (結界). Le « Kekkai », ou littéralement « barrière », représente la séparation entre le monde des mortels et le monde des esprits dans le Shintô. Vous en avez sans doute déjà vu sous plusieurs formes. Le Shimenawa (注連縄), corde tressée qui ceinture certains rochers et arbres, les lutteurs Sumos lors de rituel, etc. Les Torii, ces fameuses « portes », généralement en bois vernissé de rouge. Même des bougeoirs disposés en cercle sur plusieurs coins peuvent former un Kekkai. Que ce soit entre pureté et impureté, Nature et civilisation, monde des esprits et monde des hommes, le Shintô est une religion en étroite relation avec la dichotomie (ou l’opposition, la division) et sa délimitation. Pour ce qui est du Sudare, c’est un Kekkai particulièrement intéressant.

atelier shikada sudare

Car le fait qu’il fasse à la fois « écran » sans pour autant dissimuler totalement ce qui se trouve au-delà, montre qu’il y a à la fois « séparation » et « corrélation » entre les deux mondes. C’est du moins ce que nous expliqua Shikada-san lorsqu’il nous fit visiter son entreprise. Au-delà de son aspect spirituel, le Sudare a su survivre aux diverses mutations qu’a observé la civilisation japonaise aux cours des siècles. Actuellement encore, le Sudare est souvent observable dans les restaurants et Izakayas. Ces partitions modulables sont en effet idéales pour ajuster la taille des salles de banquet selon le nombre de clients. Ayant l’avantage de faire écran aux rayons du soleil tout en laissant l’air circuler librement, le Sudare est aussi utilisé dans les maisons. Plus particulièrement les maisons traditionnelles, qui ont besoin d’aérer l’espace intérieur au maximum pour évacuer la chaleur des étés humides et étouffants du Japon.  

artisan shikada sudare

Shikada Sudare, un artisan qui réussit

En tant qu’objet aux fonctionnalités multiples, je pense que le Sudare survivra encore quelques décennies.
Les lattes en bambous sont en effet des matières naturelles facilement exploitables et durables. Shikada-san reçoit régulièrement de la part des temples et sanctuaires de Kyoto des Sudare à réparer. Malgré leur âge vénérable (plus de cent ans pour certains), les lattes en bambous sont intactes ! C’est plutôt les parties en tissus cousues sur les côtés qui ont besoin d’être remplacés. A peu près tous les dix ou vingt ans, lorsque les temples et sanctuaires entreprennent leur restauration.

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Shikada-san su évoluer avec sa société en innovant le Sudare sous sa forme de rideau pour fenêtre. Plusieurs styles et système de déroulement ont été inventés afin de satisfaire les besoins de ses clients. Il diversifia également son activité pour fabriquer également des coussins et tapis en nattes de différentes matières végétales. Bref, Shikada-san est le parfait exemple de l’artisan qui a su innover et évoluer avec son temps sans sacrifier la qualité de ses produits. Bien que Shikada Sudare soit une compagnie d’échelle moyenne en partie mécanisé, l’histoire de son activité et le Sudare en soi était tout de même assez intéressant pour que nous ressentions le besoin de vous en parler ici. Il adorerait, dans un futur proche, pouvoir proposer ses Sudare à une clientèle européenne, notamment française.    

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