Taiken Etsuke

septembre 06, 2016

Taiken Etsuke

A l’occasion d’une exposition sur les Hakata Ningyô, je me suis essayé à la peinture de poupée. Matsuo-sensei, sculpteur et peintre de Hakata ningyô, encadrait cet atelier. Ce fut donc l’occasion pour moi de rencontrer en personne ce maître-artisan. Il me présenta quatre variantes de petites poupées en terre cuite que je pouvais choisir : une dame de la cour d’Heian, la divinité du Dazaifu Tenman-gu représenté sous les traits d’un petit garçon, un singe (signe zodiacal de cette année) et un coq (le signe zodiacal de l’année prochaine). La dame de cour semblait être la plus difficile mais aussi la plus intéressante à peindre. Je la choisi donc pour relever le défi.

poupée Hakata

Une fois attablé avec mon tablier, Matsuo-sensei m’expliqua la première phase : « Tout d’abord, il faut peindre la peau de votre poupée. Le reste du visage se fera tout à la fin. Vous peindrez ensuite le hakama (vêtement couvrant les jambes se fixant au niveau des reins ressemblant à une longue jupe plissée), le vêtement intérieur (dont le col et les manches dépassent) et enfin le kimono. Vous pouvez choisir et combiner les couleurs que vous voulez. »
Puis, tout en ajoutant un peu d’eau dans l’assiette en papier où j’avais disposé de la peinture, il m’expliqua qu’il ne fallait pas hésiter à bien diluer la peinture dans l’eau. Il est bien plus facile de corriger une maladresse avec une peinture diluée et légère qu’avec la peinture telle quelle, plus épaisse et forte (de la gouache si je ne m’abuse). Du coup, ma première frayeur était que la peinture coule, mais à ma grande surprise, la terre cuite buvait l’eau à une vitesse effroyable. A peine avais-je passé le pinceau que c’était déjà sec ! Je pouvais ainsi manipuler la poupée aux endroits déjà peintes sans avoir peur de la tacher. « Ce n’est pas grave si vous débordez, vous pourrez toujours corriger ça en repassant au pinceau et accumuler ainsi les couches de peinture faire une surface uniforme et nette », me dit Matsuo-sensei en me voyant m’acharner à ne pas déborder.

Etsuke Quelles couleurs vais-je bien pouvoir combiner ? Je n’ai jamais été très doué pour l’assemblage des couleurs. Je pris le parti de faire un hakama violet, un vêtement intérieur orange et un kimono vert clair. Pendant que j’appliquais les couleurs des vêtements, plusieurs dames se piquèrent de curiosité pour l’atelier de peinture. Certaines avaient entre autre choisi le singe, car c’était leur propre signe zodiacal, d’autres avaient choisi le coq pour pouvoir décorer leur intérieur lors du prochain nouvel an. Takeshi lui-même se lança le défi de peindre un coq avec les trois couleurs de la France. Comme on pouvait marquer le coq avec le kanji de la chance (« Fuku »/福), et qu’il est passionné par l’Hexagone, cela ferait à la fois un porte-bonheur et une bonne décoration pour le nouvel an.

Etsuke
Et ce fut donc dans une ambiance à la fois détendue et concentrée que tout le monde s’appliquèrent sur leur poupée. Le silence était entrecoupé par un Furin (petite clochette dont le son donne aux japonais une impression de fraîcheur, très prisé en été) tintinnabulant non loin. De temps en temps, l’un de nous murmurait un « shimatta ! » (expression que l’on utilise quand on fait une erreur, ou une maladresse, semblable à notre « Zut ! »), accompagné des rires étouffés des voisins. Alors que je me concentrais sur la peinture de ma poupée, je me rendis compte qu’un sentiment de calme et de tranquillité m’enveloppait. J’oubliais pendant un temps les soucis et inquiétudes de mon quotidien.
Une fois que j’avais fini l’ensemble des vêtements et la chevelure (que j’avais fait bleu foncé sur un coup de tête), je demandai à Matsuo-sensei comment faire pour peindre le reste du visage (les yeux, les sourcils et la bouche). C’était de loin la phase la plus importante car c’était ce qui allait donner une expression et une vie à la poupée.
Matsuo-sensei s’asseya à côté de moi pour illustrer ses explications avec ses coups de pinceaux.
« Alors pour une poupée comme la vôtre ce n’est pas difficile, mais je vous conseille de passer votre pinceau dans l’eau afin d’alléger au maximum la teinte afin de pouvoir marquer les yeux et les sourcils. Le plus difficile étant d’aligner les sourcils, il sera plus facile pour vous de tout rattraper si l’un est plus haut que l’autre. Ainsi vous passez et repassez le pinceau pour dessiner votre visage » dit-il tout en peignant sur l’assiette en papier servant de palette.

Etsuke
Il y avait dans ses gestes, et plus particulièrement ses mains, une grâce qui me fascinait. L’assurance et la précision chirurgicale avec laquelle ses mains tenait et manipulait le pinceau avait quelque chose d’hypnotique. Les yeux qu’il avait dessiné sur la palette n’étaient peut-être qu’un brouillon pour lui, mais je lisais déjà une expression à travers leur forme et inclinaison.
Dessiner le visage fut de loin le plus difficile et je dû m’y reprendre à plusieurs fois. Pour les motifs du kimono, je choisi de dessiner tant bien que mal une glycine courant le long de la manche. Il m’avait fallu bien quatre heures pour peindre entièrement ma poupée.
Une fois fini, Matsuo-sensei emballa avec soin ma poupée qui finira par décorer ma table. Nous primes ensuite une photo ensemble pour immortaliser cette expérience, avec entre nous, une de ses œuvres : une jeune femme nouant le manche de son kimono. Cette œuvre était une de mes préférés de l’exposition. Aussi, j’appris de Takeshi que Matsuo-sensei avait pris sa femme comme modèle. Je compris alors, dans le visage et la gestuelle de cette poupée-là, à quel point il en était amoureux.

Lucas

Etsuke

Yoshimasa Matsuo

Fabriqué par Yoshimasa Matsuo

Fukuoka

Originaire de Fukuoka et Hakata





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