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Magemono : les objets en bois courbés du Japon

Magemono (曲げ物), signifiant littéralement "objets tournés" désigne l'ensemble des objets issus de la technique du courbage du bois. Cela comprend en majeure partie des récipients et boîtes diverses et variées. Les Magemono comptaient donc parmi les objets du quotidien dans le Japon d'antan. On retrouve également les Magemono dans les sanctuaires et temples, sous forme de plateaux à offrandes (ou "Sanpô"/三方) pour les divinités. Encore maintenant, les esthètes et les gourmets exigeants apprécient le Magemono, que ce soit pour l'élégance qui se dégage de sa forme et de sa simplicité, ou pour sa capacité à conserver idéalement son repas chaud à emporter. 

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Un savoir-faire ancestral !

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Grâce à des représentations de ces artisans dans des rouleaux peints, nous pouvons estimer que les techniques de courbage du bois remonteraient jusqu'à la période Heian (794-1185). Ces artisans, connus actuellement sous le terme de Magemono-shi ("Maîtres courbeurs"), étaient autrefois appelés "Maîtres du cyprès". En effet, les Magemono étant fabriqués à partir de cèdre ou de cyprès, les artisans courbeurs se devaient de connaître par coeur cette matière première. En un coup d'oeil, un Magemono-shi peut déchiffrer les lignes du bois d'une planche, et estimer si l'arbre a été bien exposé ou non au soleil, s'il a été élagué, si l'homme est intervenu dans sa croissance.

La façon dont l'arbre aura grandit va directement influencer la qualité de son bois, et sera donc exploitable ou non pour fabriquer des Magemono. Dans le cas du Hakata Magemono, à Fukuoka, on utilisait majoritairement des jeunes cèdres et cyprès dans les montagnes environnantes. Mais pour ce qui est des matériaux issus d'arbres adultes, on utilise actuellement ceux d'Akita. Il y a 400 ans de cela, la ville de Hakata (l'ancien Fukuoka) accueillait une vingtaine de maisons de Magemono-shi dans le quartier de Maidashi (馬出), entourant le sanctuaire Hakozaki-Gu (筥崎宮).

Parmi eux, la famille Nishida, la famille Tôgô, la famille Shibata, et bien d'autres encore.
Ici, nous vous présentons la 18ème génération de la famille Shibata : Shibata Tamaki !

La famille Shibata et le Mingei :

La famille Shibata est une famille d'artisans d'exception ! Leur activité remonte à la bataille de Sekigahara, et fournit encore maintenant le sanctuaire de Hakozaki-Gu en Magemono ! Comme si cela ne suffisait pas, il se trouve que cette famille d'artisans avait aussi été remarqué par le très célèbre critique d'art et fondateur du mouvement Mingei : Yanagi Muneyoshi (ou Yanagi Sôetsu/柳宗悦).

Bernard Leach shibata magemono

Peint par Bernard Leach sur le magemono de Shibata


Dans les grandes lignes, le mouvement Mingei (民芸), ou Mouvement des Arts Populaires, est un mouvement artistique qui dictait une bonne part de l'esthétique japonaise durant l'ère Taishô et Shôwa. Souhaitant préserver l'artisanat en déclin face à l'industrialisation à grande échelle du Japon, Yanagi Sôetsu a voyagé dans tout le Japon et au-delà pour définir l'esthétique Mingei et ses valeurs, et chercher les artisans pouvant la représenter. La famille Shibata fait donc partie de ces artisans. L'absence de fioritures surélaborées, de recherche artistique. Cette extrême simplicité, et pourtant l'élégance qui s'en dégage. La qualité de ces objets conçus pour durer. L'humilité et l'honnêteté lisibles dans leur forme. Un processus de fabrication où la main prédomine. Chacun de ces aspects fait des Magemono de la famille Shibata des émissaires de l'esthétique Mingei.   

Shibata Tamaki, aka Shibata Mariko : une artisane courageuse !

artisan japonais shibata tamaki


C'est toute petite déjà que Shibata Mariko aidait son père à l'atelier. Elle grandit au milieu des planches, de la sciure, dans une atmosphère chargée du parfum du cèdre et du cyprès. Au début, Mariko et sa petite soeur se contentaient de faire un peu de ménage et d'aider aux tâches les plus simples, une fois rentrées de l'école. Mais leur mère décèda à ses 18 ans, et Mariko dû ainsi s'occuper de l'ensemble des tâches ménagères en plus d'aider son père dans la peinture des décorations. "Encore maintenant, le courbage du bois était réservé aux hommes, tandis que les femmes se chargaient de la couture à l'écorce de cerisier et de la peinture" nous expliqua-t-elle. Même après s'être mariée, Mariko continua à aider son père en s'occupant de la gestion. 

Une succession difficile

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Le père de Mariko, Shibata Tamaki, était têtu comme une mule. Comme beaucoup d'artisans à son époque, il laissait sa femme s'occuper de presque tout pendant qu'il se concentrait sur son travail, pour ensuite aller se rincer le gosier au débit de boissons du coin. Il fut diagnostiqué d'un cancer du poumon à ses 64 ans et, ne pouvant rembourser ses dettes, dû vendre son atelier tout près du Hakozaki-Gu.


Auparavant, Mariko avait déjà parlé à son père de reprendre l'entreprise familiale. Mais ce dernier lui répondit alors à peu près dans ces termes : "Quand on a un frère aîné, il vaut mieux laisser les hommes s'occuper du boulot. Contentes-toi de rester une bonne fille et de te trouver un mari". A ses 25 ans, Mariko avait également demandé officiellement, devant toute sa famille, à reprendre le flambeau. Ce à quoi on lui répondit avec dédain : "Comme si une femme en serait capable!". Pourtant, ce fut Mariko qui avait le plus aidé son père à l'atelier. Elle avait appris le métier avec acharnement depuis ses 20 ans. Sa détermination se renforça lorsque, contre toute attente, son grand-frère choisissa de prendre une autre voie. Mariko refusait que le savoir-faire familial, hérité sur 17 générations, s'éteigne ainsi. C'est en achevant un vase soliflore pour un service commémoratif bouddhiste que sa famille changea de regard. Elle avait enfin prouvé qu'elle était la légitime héritière du nom "Shibata Tamaki" et devint la 18ème génération !

Un nouveau départ pour la famille Shibata

 

shibata tamaki artisane japonaisePeu de temps après, le père de Mariko s'éteigna. Mariko hérité donc du nom de "Shibata Tamaki", mais ce ne fut pas chose facile. Son père ayant fait faillite, et étant de plus une femme, la maison Shibata avait perdu la confiance des clients. Il lui était difficile de trouver de l'aide ou de se fournir en matériaux. Sans compter qu'elle venait tout juste d'accoucher son premier fils. Mariko déplaça donc l'atelier près de l'aéroport de Fukuoka, accrocha le Shimenawa (注連縄/ corde tressée délimitant les lieux sacrés) représentatif du Hakozaki-Gu à l'entrée, et pu commencer son travail. La dernière chose que Mariko ne maîtrisait pas encore tout à fait à l'époque, était la distinction entre les faces du bois. Son père, qui n'avait alors pas l'intention de lui laisser reprendre l'atelier, ne pensait pas nécessaire de lui enseigner ce savoir-faire là. Il fallait déjà bien 10 ans d'expérience pour maîtriser cette technique. Mariko s'efforça jour après jour à combler cette lacune et, par son travail acharné, finit par acquérir naturellement chaque geste et technique. 14 ans s'écoulèrent. Elle participa à de nombreuses expositions, et obtint un prix lors d'une exposition sur le Mingei. Elle fit une collaboration avec un peintre sur laque de Kyoto. Développa des produits avec des designers. Bref, plus personne autour de Shibata Mariko, alias Shibata Tamaki, ne faisait de remarque sur le fait qu'elle soit une femme. Elle su s'imposer dans ce milieu dominé par les hommes. 

 

 

 

Shibata Tamaki : une artisane qui rencontre le succès !

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Actuellement, en plus des objets traditionnels pour le Hakozaki-Gu, Shibata Tamaki fabrique aussi bien des produits dits "Mingei", destiné à un usage quotidien, que des ustensiles pour la cérémonie du thé. Vases, boîtes à bentô, cuves à riz, plateaux, cendriers, bien des objets naissent de ses mains. Ouverte aux nouveautés, Shibata Tamaki s'est également essayée à créer des objets plus modernes, comme des boîtes de DVD, ou des étuis pour cigarette électronique. Mère de deux enfants, ces derniers l'aident régulièrement pendant les week end. Shibata Tamaki les supervise dans les tâches, espérant transmettre sa passion et faire perdurer le savoir-faire familial. Qui sait, la 19ème génération sera peut-être assurée ?   
Son succès attira l'attention des médias, qui firent plusieurs fois des documentaires sur son travail. Documentaires qui provoquent encore maintenant l'émoi des Japonais et fait affluer les commandes de boîtes à bentô. Si Shibata Tamaki est contente d'avoir beaucoup de clients, le travail est particulièrement intense et la pousse parfois aux limites de sa condition physique. A ses côtés, sa soeur et ses amies l'assistent dans son travail. Elles polissent notamment les planches, nouent les jointures avec de l'écorce de cerisier, entretiennent le fourneau, etc. Shibata Tamaki se déplace presque chaque jeudi au Hakata Machiya Furusatokan, ouvert aux touristes, et s'affaire à la peinture. Si vous êtes à Fukuoka un jeudi, vous devriez donc pouvoir la rencontrer. Mais on vous prévient, elle ne parle ni l'Anglais, ni le Français, et est plus timide avec les étrangers. Si vous vous sentez de braver la barrière de la langue, vous pourrez vous amuser à peindre des petits marques pages sous sa supervision.    

Hakata magemono Shibata Tamaki

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