atelier yumezaikuatelier de teinture végétale au Japon

Sakurazome("桜染め") : teinture végétale en cerisier naturel

Vous voulez arborer une couleur lumineuse et vivante ? Optez pour une étoffe avec une teinture en cerisier ! Portée autour du cou, cette teinture illuminera votre visage. Les fleurs de Sakura sont un des symboles de beauté éphémère pour les japonais et la couleur des pétales varie du blanc au rose pâle, printanière et lumineuse. Diverses espèces de pigments végétaux sont utilisées au Japon.
Par exemple, le Aikusa("藍草") est utilisé pour l'indigo du Aizome. Le Akanesô("茜草") pour le rouge. Le Kakishibu("柿渋") pour le brun. Le Murasaki("紫草") pour le pourpre, et bien d'autres ingrédients encore. Cependant, c’est l’atelier Yumezaiku qui inventa la teinture en cerisier : Le « Sakurazome ». Cette teinture, représentative de l'atelier Yumezaiku, renferme dans sa couleur l’énergie vitale du printemps, et semble l’émettre dès que les rayons du soleil la traverse.
teinture vegetale sakurazome

Hanami("花見") : Tous sont égaux sous les sakura en fleurs

Au printemps, les cerisiers en fleur sont appréciés à travers tout le Japon. Les Japonais aiment tout particulièrement se retrouver, en famille, entre amis ou entre collègues, pour boire et manger sous les cerisiers. Pendant l'époque féodale, la distinction entre la classe dirigeante et d'autres classes (comme celle des marchands) était très stricte. Si un marchand avait le malheur de manquer de respect à un membre de la classe dirigeante, il serait sévèrement punit. Mais on dit que lors du Hanami, il était permit de s'amuser en outrepassant la hiérarchie. Ainsi, dans l’ivresse et l’allégresse, marchands, samurais et personnes issues de toutes classes se côtoyaient pour faire bombance sous les ramures fleuries des cerisiers. On appelle Bureikô("無礼講") ces moments informels où les castes sont mis de côtés, le temps des festivités. Yasuhisa Komuro, le maître artisan et fondateur de l'atelier Yumezaiku, disait de sa teinture : ‹‹ Le rose pâle et éphémère des fleurs de cerisier est une couleur qui réchauffe le cœur des personnes qui les admirent. Donc je pense que c'est un symbole du Wa("和"), un symbole du Japon chérissant l'harmonie. ››
cerisier japonais

Ichigo-Ichie("一期一会") : une rencontre unique avec la nature

Issue du bouddhisme Zen, la maxime « Ichigo-Ichie », associée principalement à la cérémonie du thé, signifie « une rencontre en une vie » (il existe plusieurs traductions). En effet, que ce soit pour le guerrier partant sur le champ de bataille, ou le paysan trimant dans sa dure vie de labeur, la vie pouvait être très courte dans le Japon féodal. Cette maxime souligne le caractère éphémère de la vie et enseignait que chaque rencontre est unique et ne se reproduira pas. Il faut donc chérir cette rencontre et y porter toute notre attention. C’est pourquoi les maîtres du thé suivent cette maxime pour servir le thé à leurs invités avec tous leur cœur.
teinture vegetale
teinture vegetale cerisier
Quand Yasuhisa Komuro nous parle de ses teintures, et de leur rapport avec le Ichigo-ichie : ‹‹ Quand pourrai-je voir cette couleur la prochaine fois ? Plus jamais ! Pour moi, c'est comme une histoire, chaque moment est toujours une occasion unique où on ne peut rencontrer cette couleur qu'une seule fois dans sa vie. Car la teinture naturelle est influencée par une multitude de conditions. Par exemple, comment traiter le tissu lors d'une immersion, la densité du colorant naturel, les écarts de températures extérieures, combien de temps qu'on laisse tremper dans le colorant et bien d'autres choses. Ce qui complique le résultat de la teinture végétale. Par exemple, selon tous ces facteurs, la teinture en cerisier peut varier d'une couleur rose pâle à rose foncé, voir à une couleur orangé avec un peu de jaune. En plus, même si on utilise le même arbre ou le même végétal, ils affichent leurs couleurs différemment en fonction des saisons où on fait la teinture, car l'eau change de qualité à chaque saison. On ne peut pas rencontrer une même couleur deux fois dans sa vie. Je trouve que cette rencontre avec la couleur est profonde et mystérieuse, et ne cesse pas de m'attirer.
indigo japonais
teinture naturelle

À la recherche d’une terre idéale : de la grande ville à la campagne

Yasuhisa Komuro est né en 1954 à Kobe, dans la préfecture de Hyôgo. Après avoir fini ses études d’arts à l'université industrielle du Kyushu, il travailla comme photographe dans le domaine de la publicité. C'est là qu’il découvrit la teinture végétale. Selon lui, c'était par hasard, lors d’une exposition de teinture végétale. Dans un châle brun se cachaient d’autres couleurs, jaune, rouge et gris. Etait-ce une illusion ? A une autre occasion, il fut impressionné par les couleurs d’anciennes robes de ‹‹ théâtre nô ›› en teinture végétale. Cette teinture naturelle, qui de prime abord ne faisait que troubler le photographe par sa couleur chatoyante et délicate, le rendis prisonnier de son charme mystérieux, profond et complexe.
atelier teinture
Yasuhisa Komuro développa sa carrière en tant que producteur créatif dans le monde impitoyable de la publicité, et en survivant à une compétition acharnée, remporta de nombreux prix, obtint un statut et une renommée. Mais son engouement pour la teinture végétale restait toujours dans son cœur. Un jour, il réalisa qu'il avait perdu sa modestie, devenu imbu de lui-même. Il se sentait mal dans sa peau à cause du dégoût qu’il ressentait envers lui-même. Selon lui, ‹‹ Si je continue mon travail dans la mégalopole, je crains que mon fils puisse devenir le même type arrogant. C'est insupportable pour moi. Je ne veux pas que mes enfants deviennent comme moi et je ne veux pas les élever dans un milieu où ce type de valeur prédomine. J'ai finalement décidé de démissionner et commencé à marcher sur ma nouvelle voie. ›› Il parcouru le Japon, en quête d’un endroit où la terre et l'eau serait de la meilleure qualité pour faire de la teinture. En 1992, il s’arrêta à Akizuki, une bourgade à la nature luxuriante et célèbre pour ses cerisiers, pour fonder son propre atelier, baptisé « Yumezaiku ».
Yasuhisa Komuro

« J'interprète leur voix silencieuse. »

sakura cerisier
Akizuki est une petite bourgade qui se trouve au sud-est de la ville de Fukuoka. (Pour en savoir plus, voir la page Akizuki.) Une eau de bonne qualité étant indispensable pour faire le Kusaki-zome("草木染め") : ‹‹ la teinture végétale ››, la pureté de l’eau d’Akizuki en fait un endroit parfait pour cet artisanat. Selon Yasuhisa Komuro, ‹‹ Si on utilise l'eau du robinet en ville, il y a une possibilité que la rouille de fer qu’elle contient influence la teinture. D'ailleurs, utiliser plusieurs eaux de différentes qualités est aussi important pour créer de nombreuses nuances. Par exemple, on a besoin d’une eau douce alcaline pour teindre l’étoffe en douceur. Par contre, on utilise une eau dure pour teindre fortement et nettement. ›› L'abondance de la nature environnante leur permet aussi de collecter diverses plantes nécessaires à la teinture. Sans avoir recours au moindre produits chimiques, les artisans de l'atelier Yumezaiku collectent des graines dans les champs, dans la montagne et parfois au bord d'une rivière. ‹‹ Ce n'est pas un travail facile, car il faut connaître la montagne jusqu’à ses moindres recoins. Par exemple, 3 artisans vont dans la montagne pour trouver le Kusagi("臭木") toute la journée afin de teindre seulement 10 écharpes. Nous collectons des branches de cerisier, mais on utilise des branches que le jardinier taille, pour ne pas détruire la nature. Dans la nature, j'essaie d'écouter ce que les plantes me disent : quelle couleur elles souhaiteraient présenter, quand elles voudraient s'épanouir. Je les assiste pour qu'elles puissent libérer leurs couleurs comme elles veulent. Autrement dit, j'interprète leurs voix silencieuses. ››

La coloration végétale, la force des couleurs transmise depuis les Japonais des anciens temps :

La teinture végétale est classée en tant qu'un des artisanats traditionnels du Japon. Dans l'Antiquité, les Japonais vivaient en harmonie avec la nature, et respectaient cette dernière comme des divinités (le Shinto n’étant pas une religion monothéiste). Selon Yasuhisa Komuro, ‹‹ Peut-être que nous oublions notre modestie et notre respect pour la nature dans ce monde moderne. ›› Dans l’ancien Japon, chaque couleur portait une signification spirituelle et parfois utilisée pour représenter la hiérarchie des classes. Par exemple, seuls les nobles avaient le droit de porter du pourpre. On croyait du rouge (ou Akane-iro) qu'elle donne la vigueur et protège contre la maladie. Le jaune est un symbole du soleil et inviterait donc le bonheur. ‹‹ Personnellement, je ne trouve pas que les pigments chimiques donnent de belles couleurs. Je ne pense pas qu’ils puissent être utilisés pour transmettre la tradition du Kusaki-zome. Ni la signification des couleurs qu'on a héritée des anciens Japonais. Ni la force des couleurs que nous offrent les colorants naturels. ››
atelier teinture vegetale
decoration japonais tanuki
teinture vegetale rose

atelier yumezaikuLa beauté éphémère d’une couleur vivante :

C'est vrai que la teinture naturelle peut se ternir au fil du temps. Mais au Japon, on apprécie ce type de changement, comme la maturation de la couleur. Elle pourra vous accompagner partout. Elle peut vieillir merveilleusement avec vous. Peut être dotée d’une texture riche et d’une douceur unique. Yasuhisa Komuro nous explique que ‹‹ La teinture au pigment chimique atteint son apogée lors de sa production. La teinture végétale par contre, elle, au moment où la teinture est faite, commence une nouvelle vie en s’empreignant de la couleur d'un être vivant. Le Kusaki-zome grandit ainsi avec la personne qui la possède, et terminera sa vie un jour, car c'est une couleur "vivante". Je serai très heureux si son propriétaire trouve en elle cette beauté éphémère et puisse apprécier le changement de sa couleur. Je pense que c'est là une des façons d’apprécier le Kusaki-zome. ››
Sakurazome

Les étapes du Sakura-zome("桜染め") : teinture végétale en cerisier

yamazakura
- Collecter des rameaux portant des bourgeons prêts à s'épanouir. À noter que les artisans du Yumezaiku recueillent les branches que le jardinier taille, pour ne pas détruire la nature.
someiyoshino
- Découper les branches en petits morceaux, puis les cuire et refroidir continuellement pendant environ 30 jours. Dans ce processus, on écarte la couleur orange et beige, pour extraire seulement la couleur rose.
- Laisser fermenter pendant au moins 2 semaines jusqu'à 3 mois, pour produire la solution non diluée.
solution teinture cerisier
- Procéder au mordançage dans une solution d'eau à base de cendre de camélia et de vinaigre de riz. (préparation de la fibre)
- Plonger le tissu dans un bain et le teindre plusieurs fois. Une fois le colorant bien fixé, rincer à l'eau puis sécher.
teinture cerisier
teinture artisan

Autres astuces de la teinture végétale traditionnelle au Japon 

Aizome("藍染") :

Une technique traditionnelle de teinture à l'indigo, connue sous le nom de ‹‹ Japan Blue ››. Dans l'époque sanglante du Sengoku (époque des provinces en guerre du XVe siècle), les guerriers allant au champ de bataille portaient des vêtements en Aizome sous leur armure, car ils ont des propriétés désinfectant. L'ingrédient pour Aizome, obtenu après un processus de fermentation de l'indigotier, est appelé Sukumo("すくも"). Une fois exposé à l'air, le colorant est bien fixé par un effet d'oxydation.
indigo japonais cuve
aizome indigo japonais

Kakishibu("柿渋") :

Un colorant traditionnel produit à partir d’une solution extraite du Kaki. En général, la solution est fermentée pendant au moins 2 ans jusqu'à 5 ans. Après être trempée dans le colorant, plus cette teinture sera exposée longtemps au soleil, plus elle foncera jusqu’à obtenir une couleur brune. Cette technique fut utilisée pour les Bangasa("番傘"), parapluie traditionnel japonais, pour sa propriété imperméabilisante.
Kakishibu

teinture kakishibu

kuri
yashabushi
gobaishi

de gauche à droite : Kuri : ‹‹ châtaigne ››, Yashabushi : ‹‹ Alnus firma ››, Gobaishi : ‹‹ Rhus chinensis ››

Akanesô("茜草") :

Cette plante à la racine rouge fut aussi utilisée comme tonique contre diverses maladies. C’est notamment l’Akanesô qui a servi à teindre le drapeau japonais.

 

Shibori("絞り") :

Le Shibori est une technique de teinture traditionnelle, signifiant littéralement ‹‹ nouer ››. Les motifs du Shibori sont généralement réalisés par le nœud qui empêche le colorant de pénétrer dans le tissu.
teinture shibori
teinture motif shibori